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26/04/2008 21:47

Natation - ChF - Leveaux : Pékin express

Après le débat sur les combinaisons, les conversations sur le pourquoi du comment de l'état de Laure Manaudou ou l'influence de la fameuse pression d'une qualification olympique, les nageurs ont répondu dans l'eau, samedi à Dunkerque lors de l'avant-dernière journée des Championnats de France. Avec un record d'Europe réalisé par Amaury Leveaux en 21''38 sur 50 m et quatre records de France avec le 200 m dos de Laure Manaudou (2'06''64), le 100 m papillon de Frédérick Bousquet (deux records avec le 50 m en 23''74 et le 100 en 51''50), le 50 m de Malia Metella (24''83), les Français ont donné rendez-vous à Pékin.

La palme revient à Amaury Leveaux. Connu pour son potentiel, le Mulhousien est maintenant reconnu pour son résultat avec le titre sur 50 m devant Alain Bernard et Frédérick Bousquet et avec le record d'Europe, soit la deuxième performance mondiale de tous les temps. Connu pour ses quelques «bêtises» et son mental qui peut vaciller, il est désormais reconnu pour sa capacité à rebondir. Après la déconvenue de sa quatrième place lors de la finale du 100 m, il a su rebondir. Et ce n'est pas le plus simple pour ce "grand gamin" de 22 ans et de 2,04 m. Connu pour ses hauts et ses bas, il s'est montré constant cette semaine pour enchaîner le titre sur 200 m avec le record de France et la victoire sur le 50 m avec un temps canon à un dixième du record du monde d'Eamon Sullivan. «J'ai battu Alain, c'est la référence. C'est bien. Le temps, je ne réalise pas trop encore, avoue Amaury Leveaux. Mais à y repenser 21''3... Bientôt le record du monde, j'espère.»

Et son résumé du 50 m vaut tous les discours du monde : «Tu plonges, tu ne respires pas et tu vas défoncer le mur en face de toi.» Il a bien plongé en prenant un départ explosif, il a tenu face au retour d'Alain Bernard et il a bien «défoncé le mur». Mais le marteau-piqueur a dévié à sept mètres de la fin : «Je vois que je suis devant Alain, je me dis oulala et je ne nage plus, décrypte le Mulhousien au franc-parler aussi percutant que son sprint. Mon corps vacille de gauche à droite. On a toujours de la marge de progression, la course parfaite n'existe pas.» Et Alain Bernard ne devrait pas le dédire car le grand blond a semblé un peu émoussé par la décompression du 100 m. Enfin, tout est relatif... Avec 21''69, il se qualifie pour les Jeux Olympiques et le grand blond sait aussi perdre. «Amaury a réalisé une course énorme, il faut savoir reconnaître le niveau de performance de la course. C'est énorme, je le félicite vraiment et je vais bosser les départs pour partir encore plus vite. Cela me donne envie, je sais qu'en passant 21"9 à la culbute, faire 21"6, c'est moche. Mais le billet est dans la poche.» Et quand on voit Frédérick Bousquet, privé de JO avec un chrono de 21"72 quelques minutes après son 100 m papillon, il ne faut pas faire la fine bouche.

Le chrono de Laure Manaudou sur 200 m dos (2'06"64) ressemble également à une réponse à certaines interrogations. Et la manière apporte son lot de réconfort pour la championne olympique. Pour le sixième 200 m dos de sa carrière, elle se retrouve à deux centièmes du record d'Europe de Krisztina Egerszegi qui date de 1991. Aux 150 m, l'élève de Lionel Horter possède un peu plus une seconde d'avance sur le record du monde, mais les vingt-cinq derniers mètres lui ont été fatals. « J'ai essayé de partir vite, j'entendais tout le public qui m'encourageait. C'était une belle course, mais j'ai eu du mal à la terminer. Les quinze derniers mètres ont été super difficiles, avoue Laure Manaudou. Je suis vraiment surprise du temps à l'arrivée.» Ces derniers mètres résument son année, ses difficultés, ses doutes et cette pression qui lui a envahi le cerveau cette semaine. «Tous les bouleversements qu'elle a vécus depuis un an, et les doutes que cela a pu engendrer, sont là dans ces derniers 25 mètres. Mais elle a nagé techniquement comme il fallait, elle n'est juste pas encore capable de tenir techniquement sur les derniers 40 mètres, estime son entraîneur, très heureux de la performance de ses deux nageurs. Sincèrement avec du travail, c'est ce qu'il y a de plus facile à faire.» Derrière cette joie retrouvée de Laure Manaudou, une détresse entoure sa grande amie Esther Baron qui termine seulement quatrième et qui voit Pékin disparaître au bénéfice d' Alexiane Castel. «Je serai toujours là pour elle. C'est plus qu'une amie», glisse Laure Manaudou à l'adresse de l'élève de Philippe Lucas. Comme tous les jours à Dunkerque, les joies côtoient la tristesse dans le même bassin. Un avant-goût de Pékin.

Sophie DORGAN, à Dunkerque

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