« Est-il absurde de désirer l'impossible ? » Beaucoup d'entre vous se sont sans doute un jour posé cette question du bac philo de l'an dernier. Une réflexion qui nous passe parfois par la tête au moment de s'engager sur un trail, un marathon, ou n'importe quelle course qui représente un défi personnel, quelle que soit la distance. D'autres pratiques sportives auraient pu alimenter le discours des futurs bacheliers. Exemple.
Il y a deux ans, Caroline Avon, journaliste sur Equidia, la chaîne dédiée au cheval, annonçait son désir de participer au Prix de la Reine Marie-Amélie, course réservée aux cavalières amateurs lors de la prestigieuse réunion du Prix de Diane sur l'hippodrome de Chantilly. Un défi de plus dans la vie de Caroline, déjà auteur d'un saut record en parachute (saut en tandem à 11000m d'altitude) et de quelques plongées extrêmes dans les abysses du Pacifique. « Ma famille pensait que j'allais poser mes valises après mon mariage. Raté. Même chose après l'arrivée de ma fille. Encore raté. C'est ma nature. J'ai besoin de défis. La vie est courte et il faut s'offrir des sensations. Je préfère les grands plaisirs aux petits plaisirs. »
Même si Caroline montait déjà à cheval, ce nouvel objectif sportif laissa d'abord le monde des courses très perplexe. Ne s'improvise pas jockey qui veut. Dans la première partie de l'excellent documentaire réalisé par Equidia « Dans la peau de Diane » (la deuxième partie sera diffusée ce mercredi à 22 heures), on y entend quelques entraîneurs afficher leur scepticisme. « J'ai commencé à un âge (44 ans au début de l'histoire) où normalement on arrête, commente Caroline. Ma taille (1,73m) n'était pas vraiment un atout non plus... Mais j'avais un peu sous estimé l'ampleur du défi. »
Le projet qui ne devait initialement durer qu'un an s'étalera finalement sur deux. Avec la difficulté de devoir jongler entre sa vie professionnelle très prenante, sa vie de famille et sa fille Manon, un peu lasse sur la fin de l'aventure de voir souvent partir sa maman. Pas facile non plus d'enchaîner les réveils à 5 heures du mat' pour pouvoir être aux écuries de Guy Cherrel, alors que le jour n'est pas encore levé, quelles que soient les conditions météo. Pas forcément évident de retourner s'asseoir dans une salle de classe avec des gamins d'à peine vingt ans, lors des cours pour l'obtention de la licence de Gentleman Rider, point de passage obligatoire pour avoir le droit de monter en course. Pas facile surtout de gagner le respect du milieu. Au fil du temps, Caroline s'est pourtant fait accepter. « Il y a un vrai esprit d'équipe. On se lie d'amitié avec les cavaliers du matin. Beaucoup sont des préparateurs qui montent les chevaux le matin et qui laissent ensuite les cracks jockeys monter en course. Ils m'ont appris beaucoup, des mines de détails. Je dois beaucoup à ces gens de l'ombre. » Des remises en cause aussi comme lors de l'échec à sa première tentative pour la licence. Des larmes de déception avec l'impression qu'un rêve est en train de s'envoler, que tous les sacrifices consentis ont été vains. Puis quelques mois plus tard, des yeux qui brillent à nouveau, avec cette fois la délivrance du précieux sésame.
« LA LEÇON DE CES DEUX ANS, C'EST QUE LORSQUE L'ON A UN REVE, AVEC DE LA VOLONTE, DE LA TENACITE, ON Y ARRIVE...MAIS IL EN FAUT BEAUCOUP. »
Avec le soutien de Jean-Christophe Bertin, lui aussi jockey (« un rêveur, comme moi ») ou de l'entraîneur Robert Collet (« S'il n'avait pas été un peu fou d'accepter de s'occuper de moi cela n'aurait pas été possible »), Caroline, délestée de 10 kilos, a ensuite dû attendre les derniers jours pour qu'on lui fasse confiance en lui confiant un cheval dans une course avec des réels enjeux économiques et de gros paris.
Dimanche dernier, dans l'ambiance si british de Chantilly un jour de Prix de Diane, la course ne s'est pas exactement déroulée comme elle l'avait sans doute rêvé. Un mauvais départ de Yellowman, son partenaire du jour, et la frustration de voir la course de derrière. « A l'arrivée, j'étais tout de même heureuse d'être allée au bout mais j'espérais c'est vrai faire un peu mieux. Après avoir recollé au peloton, au moment des derniers efforts, le cheval n'avait plus assez de gaz. » L'essentiel n'était pas là. L'essentiel, ce sont les deux ans passés à mener ce projet à son terme. L'essentiel, ce sont les choses qu'elle a apprises sur elle. «Ecraser les autres n'a jamais été dans ma nature. Mais je me suis prise au jeu. Je me suis découvert une forme de compétitivité. » L'essentiel, ce sont aussi les rencontres inhérentes à ce type de défi, ces phases de démotivation et de ras le bol et la satisfaction de les avoir vaincues et surpassées. D'avoir aussi fait taire les inévitables détracteurs souvent nourris de jalousie. « On ne peut pas plaire à tout le monde. Je sais que certains pensaient que j'avais ma course grâce à ma carte de presse. Mais je n'ai rien volé et être journaliste a même été plus souvent un handicap qu'une aide. Etre dans le peloton, même derrière, ça ne se vole pas. » L'essentiel, c'est enfin les encouragements de sa famille, de ses ami(e)s, indéfectibles soutiens, c'est le partage de cette aventure, le partage d'une passion. Deux ans de vie. « La leçon de ces deux ans, c'est que lorsque l'on a un rêve, avec de la volonté, de la ténacité, on y arrive...mais il en faut beaucoup. » Avec à la fin de l'histoire, la certitude que désirer l'impossible n'a vraiment rien d'absurde.
PASCAL GREGOIRE-BOUTREAU (twitter : @pgb51)
TRAIL : LES NEWS DE SEB CHAIGNEAU.- Comme promis dans la chronique « La crème du Mont-Blanc », voici des news de Sébastien Chaigneau, en préparation pour le North Face Ultra Trail du Mont-Blanc. « Je viens de terminer un stage à Manigod où j'encadrais un petit groupe bien sympa très hétéroclite tant par le niveau que par les régions d'origine des participants. Ces stages sont intégrés dans mon programme et me permettent de récupérer un peu après des gros blocs tout en mainteant une activité (9 heures de course en deux jours et demi pour ce stage). La semaine précédente j'avais ainsi fait de grosses séances avec notamment une sortie longue à pied de près de 8 heures (58km et 4300m de dénivelé), le lendemain d'une sortie vélo de 90km (1200m D+). A pied, sans aller très vite, j'ai vraiment eu un coup de moins bien. J'avais quand même perdu 4 kilos sur cette séance ! ça remet les pendules à l'heure et rappelle qu'il faut toujours rester vigilant notamment sur l'hydratation. Dans deux semaines, je serai donc à l'Olympus Marathon en Grèce (44km, 3250 m D+) et la semaine suivante à Verbier, en Suisse (110km, 7000m D+). »
SPORTS DE GLISSE.- Envie de couper du foot ? La 3e édition de l'Orange Freestyle Cup qui se tiendra à Marseille, du 16 au 20 juin est une occasion idéale pour oublier les vuvuzelas et découvrir une panoplie de disciplines (skate, bmx, roller, windsurf, kitesurf, le très en vogue stand up paddle (grande planche de surf avec une pagaie) et même chute libre), le tout les pieds dans l'eau, sur la plage. Quelques-uns des meilleurs riders de la planète seront présents. Cette compétition est aussi un véritable festival des cultures urbaines qui s'articule évidemment autour d'une grosse ambiance musicale. Marraine de l'épreuve, la Marseillaise Nathalie Simon pourra voir évoluer Jalou Langeree ou Jemma Grobbelaar en kitesurf, Sarah-Quita Offringa ou encore les frères Moussilmani en windsurf. Pour les organisateurs l'objectif est simple : « instaurer en France un véritable label freestyle à l'égal des X-Games aux Etats-Unis ».- Ch.Mo.

Prudent au moment d'aborder l'étape de Wengen, Alexis Pinturault en repart avec un peu...