Avec sa petite jupette et ses deux tresses, Maud Giraud ne passe pas inaperçue dans l'univers du trail. Par son look soigné et avenant en partie mais surtout par ses résultats. Samedi dernier, à La Plagne, Maud a ajouté un succès de plus à son palmarès déjà riche de la plupart des grandes courses de trail. En 6h36 soit moins de 45 minutes après Lionel Bonnel, le vainqueur masculin, la coureuse de Valloire, 13e au scratch, s'est adjugée la 6000D, une des courses référence en matière de trail (60km, 3000m dénivelé positif). A 33 ans, Maud est la numéro 1 française de cette discipline très en vogue. J'en imagine déjà penser qu'elle ne doit avoir que ça à faire. Tout faux ! Monitrice de ski l'hiver, accompagnatrice en montagne l'été, Maud est aussi, à 33 ans, la maman de Elisa (9 ans), Amélie (7 ans) et Justine (4 ans). Pas de quoi chômer à la maison. « S'occuper de trois enfants, c'est déjà de l'entraînement, rigole-t-elle. Tout est une question d'organisation. Il faut évidemment faire des concessions en se levant très tôt par exemple pour aller s'entraîner. Mais ce n'est vraiment pas impossible. A condition d'en vouloir ! » Sportive depuis toujours (ancienne skieuse de haut niveau, snowboardeuse, adepte du freeride ou du skicross, etc), pas question pour Maud de se priver de sport. « Pendant mes grossesses, je courais jusqu'au 5e mois, raconte-t-elle. Tu sens de toute façon le moment où il faut arrêter. Mais je continuais les randonnées. Pour ma première fille, 3 semaines avant l'accouchement, je grimpais encore au col des Aiguilles d'Arves à plus de 3000m. »
« MAMAN, TU PARS ENCORE COURIR CE WEEK-END... ALORS TU NOUS RAMENES UNE COUPE, HEIN... »
Pas question non plus de culpabiliser. « Ici, à la montagne où dans les mentalités ce sont les hommes qui ont toujours ramené les sous à la maison, je sens bien quelques regards interrogateurs, confie l'athlète du team Asics qui sera au départ de la CCC (Courmayeur-Champex-Chamonix, 98km, 5600m D+), fin août. Mais c'est un choix. Du côté de mes filles, de temps en temps, j'entends des réflexions du genre : ?'ah, tu pars encore courir ce week-end...''. Mais très vite elles enchaînent avec : ?'Alors tu nous ramènes une coupe, hein...''. Je parle beaucoup avec elles. Je leur explique par exemple que l'argent que je gagne en allant courir nous permet de faire des choses qu'on ne pourrait pas faire autrement. Et il n'y a pas un instant où je ne pense pas à elles. Je reste une maman avant tout. »
Cécile Bertin était elle aussi le week-end dernier à La Plagne, au départ de l'Ultra 6000D. Au terme de 23h29 d'effort, souvent dans le froid et le brouillard, elle a bouclé les 110km (5600m de dénivelé) dessinés en partie dans le magnifique Parc de la Vanoise. Barbie, son surnom, a découvert le course à pied il y a seulement quelques années à l'occasion du Raid Vittel Amazone. « J'ai réalisé que courir ne se résumait pas au cross du collège et que l'on pouvait y vivre de bons moments », éclaire-t-elle. Et quand Barbie a quelque chose en tête, elle fait rarement les choses à moitié avec depuis quatre ans un investissement de plus en plus fort. Sept marathons sur sept continents en 2009 (Orlando, Marrakech, Tahiti, Puerto Montt au Chili, Antarctique, Tokyo, Paris), les 200km non-stop de la Transahariana en début d'année 2010... respect madame ! Petit détail, Cécile, 40 ans, a quatre enfants, Paul, 5 ans, Thomas, 11 ans, Emma, 12 ans et Alex, 17 ans. Euh... Cécile, tu fais comment pour tout faire ? « C'est marrant, mais on pose toujours cette question aux femmes, peste Cécile. Mon mari est cadre supérieur et jamais on ne lui a jamais demandé. Tout ceci est juste une question d'organisation. Et d'acceptation de la famille. Pas forcément d'implication. Personnellement, ma famille regarde ça de loin. Je n'ai pas un fan club à la maison. Et ça m'arrange car les courses sont des moments à moi. Dans la vie, je suis la femme de, la mère de... En course, c'est moi toute seule. Moi face à la montagne ou au désert. Moi face à mes doutes, mes souffrances. Ce sont des moments de vérité, une bouffée d'oxygène. »
« DANS LA VIE, JE SUIS LA FEMME DE..., LA MERE DE... EN COURSE, C'EST MOI TOUTE SEULE. MOI FACE A LA MONTAGNE OU AU DESERT. MOI FACE A MES DOUTES, MES SOUFFRANCES. »
Et Cécile n'est pas décidée à s'arrêter là. Son activité professionnelle avec la création d'un magazine « Running pour elles », d'un site internet courir-au-feminin.com (avec des tas de récits et de portraits de femmes coureuses à pied et souvent mamans) et des chroniques dans l'excellent magazine Ultrafondus, s'est orientée vers sa pratique. Les mois à venir lui permettront de remplir les pages blanches. A son programme, en mai 2011, The Track et ses 590km en 9 étapes et en autosuffisance alimentaire dans l'Outback, territoire du nord de l'Australie. En 2012, Barbie a déjà ciblé la course des 4 déserts avec à chaque fois 250km que ce soit dans le désert de Gobi en Chine, le Sahara en Egypte, l'Atacama au Chili et lors d'une « finale » dans l'Antarctique. « Même si les choses progressent, je regrette que peu de femmes osent aller sur ces courses, explique-t-elle. Il faut arrêter de se fixer des limites et penser que ces courses d'ultra ne sont pas faites pour les femmes ! C'est dommage d'autant plus que généralement nous sommes plus résistantes que les hommes. On veut l'égalité des sexes oui ou non ? »
PASCAL GREGOIRE-BOUTREAU
(Twitter : @pgb51)
TRAIL : SEBASTIEN CHAIGNEAU CULTIVE L'ENVIE.- On reste dans le trail avec Sébastien Chaigneau, fil rouge de cette chronique hebdo jusqu'au départ de The North-Face Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB, 166km, 9600m de dénivelé), le 27 août à Chamonix.
« Une semaine parès ma victoire dans l'Olympus Marathon, le trail du Verbier (100km), en Suisse, ne s'est pas très bien passé. J'ai commencé à me vider dès le 6e km. J'ai finalement abandonné au 52e km. J'étais encore à 4' de la tête de course avec le futur vainqueur. Mais à moins de 2 mois de l'UTMB, il fallait être prudent car ça prend du temps de rééquilibrer les paramètres hormonaux, les sels minéraux etc. De toute façon, j'avais abordé la course avec pas mal de doutes et sans trop de conviction. J'ai ensuite coupé une semaine avec seulement quelques sorties vélo. Depuis, j'ai repris avec des séances correctes du genre 1500m de D+ en une heure. Le week-end dernier, avec l'Anglais Jez Bragg qui est aussi un athlète North Face, on a effectué la reconnaissance du parcours de l'UTMB en trois étapes (Les Houches-Courmayeur ; Courmayeur - Champex ; Champex - Chamonix) pour un total d'environ 20 heures de course. Maintenant, c'est le temps de l'affûtage. La prépa, elle est faite. Je n'ai qu'une sortie longue entre 6 et 7 heures au programme. Le reste, ce sera de la rando-course, des courses de crêtes sans jamais dépasser 2 heures et 3 séances par semaine. Il y aura un peu de balades avec la famille, un peu de vélo aussi. Mais l'essentiel est désormais de cultiver l'envie. Sur une course comme l'UTMB, c'est la priorité. »

Prudent au moment d'aborder l'étape de Wengen, Alexis Pinturault en repart avec un peu...