J'ai l'impression que les coureurs ont intégré un nouveau théorème : «Quand on gagne le Dauphiné Libéré, on échoue sur le Tour». Depuis quinze ans, seuls deux coureurs ont réussi à faire le doublé Dauphiné-Tour et ce sont des grands champions qui avaient déjà conquis plusieurs maillots jaunes : Miguel Indurain (1995) et Lance Armstrong (2002, 2003).
Alberto Contador pensait peut-être à cela quand on le présentait comme le favori de l'épreuve. Je pense que sur le terrain il aurait pu prendre le meilleur sur Alejandro Valverde et Cadel Evans mais il a choisi d'économiser ses forces pour plusieurs raisons assez compréhensibles : il a déjà gagné plusieurs courses cette année (Tour d'Algarve, Tour du Pays Basque) qui ont confirmé ses qualités, il a fait du Tour de France son objectif ultime et il sait qu'il faudra être à son pic de forme dès le contre-la-montre de Monaco. Surtout qu'il comptera autant d'adversaires que de rivaux chez Astana.
C'est justement à cause de ce rapport de force si particulier chez Astana que Contador a beaucoup roulé pour Valverde tout au long du Dauphiné. S'il n'est pas vraiment soutenu par Astana pendant le Tour, il pourrait compter sur l'aide ponctuelle de Valverde ou de l'équipe Caisse d'Epargne. Plus généralement, il y a toujours eu des coalitions nationales en cyclisme, surtout chez les Espagnols. Je me rappelle qu'à l'époque de Banesto, Indurain n'avait pas de mal à trouver de l'assistance chez d'autres coureurs espagnols quand il n'avait plus d'équipier. Et puis, pour Contador, rendre des services à l'équipe Caisse d'Epargne pourrait lui servir pour l'avenir...
En voyant Valverde se livrer à fond, on se dit qu'il a quand même intégré l'idée qu'il ne participerait pas au Tour de France. Pour Cadel Evans, je pense que sa motivation était différente : il avait terminé tellement de fois deuxième sur le Dauphiné et sur le Tour que le succès final aurait eu un bel impact psychologique pour lui et ses adversaires. Mais, malgré des tentatives en montagne, il a confirmé qu'il était un diesel et qu'il ne peut parler d'accélération brutale comme Contador. Malgré sa troisième place derrière deux rivaux potentiels pour le Tour, Alberto Contador sort symboliquement vainqueur du Dauphiné.

Pour gagner dans les prairies de l'Essex en août, sur un parcours olympique atypique,...