«Lionel Marie, quelle logique a présidé à la naissance de GreenEdge ?
En Australie, il y a une vraie volonté politique de promouvoir le sport. Cela se voit tous les jours avec la pratique sportive des Australiens. Au pays du rugby et du foot australien, le cyclisme s'est imposé comme un sport émergent, notamment par la piste et les podiums olympiques. Pour les épreuves sur route, il y a un vrai public, très enthousiaste et à la fibre patriotique affirmée. L'étape suivante, c'est la création d'une équipe de World Tour. La saison dernière, il y avait déjà eu une tentative qui a échoué. Depuis un an, Shayne Bannan et Neil Stephens ont réussi à fonder un collectif autour des grands talents australiens.
«Sur les Grands Tours, on ne jouera pas le classement général. L'équipe jouera les victoires d'étapes et essaiera de tenir un premier rôle sur les classiques.»
L'effectif, avec un grand nombre de sprinteurs, est-il assez équilibré ?
L'équipe est composée à 80 % d'Australiens et les profils les plus fréquents chez eux, ce sont les rouleurs et les sprinteurs, deux types de coureurs qui ont une généalogie claire avec la piste (poursuite et vitesse). Stuart O'Grady n'est plus un sprinteur mais un excellent capitaine de route. Chez les anciens, nous avons Robbie McEwen. Surtout, nous avons Matthew Goss, Allan Davis ou Leigh Howard. Dans le cyclisme actuel, la plupart des courses arrivent au sprint, donc nous avons le maximum de chances de décrocher des victoires en pouvant présenter des sprinteurs sur trois fronts différents. Autour d'eux, nous avons des coureurs comme Julian Deane, Brett Lancaster, Baden Cooke et Cameron Meyer qui peuvent préparer et emmener les sprints. Cela me rappelle Garmin et la stratégie basée sur Tyler Farrar. En plus, notre équipe devrait être pas mal au chrono par équipes des Mondiaux.
Quels sont les objectifs de la saison ?
Sur les Grands Tours, on ne jouera pas le classement général, c'est sûr, même si on a Pieter Weening qui peut finir dans le top 15. L'équipe jouera les victoires d'étapes et essaiera de tenir un premier rôle sur les classiques : Matthew Goss est le tenant du titre à Milan - San Remo, Simon Gerrans a les qualités pour briller sur les Ardennaises. Le lancement de l'équipe s'est bien passé lors des championnats d'Australie puisqu'on a eu les deux titres. Ce serait bien de garder la dynamique au Tour Down Under, la seule course du Pro Tour en Australie. Après tout le monde reviendra en Europe, avec le centre de course qui est basé à Varèse.Personnellement, comment voyez-vous votre arrivée chez GreenEdge ?
De plus en plus de directeurs sportifs travaillent à l'étranger. Je pense notamment à Philippe Mauduit chez Saxo Bank ou Frédéric Moncassin qui va débuter chez Team Type 1. J'ai eu beaucoup de chance de travailler chez Garmin où j'ai rencontré Matthew White (directeur sportif) qui m'a proposé de le suivre en Australie. Ce que j'aime chez les Anglo-Saxons, c'est qu'ils sont très sérieux au moment de la course mais très relax avant le départ et dès l'arrivée. Chez GreenEdge, on sent aussi un vrai soutien logistique derrière l'équipe : en décembre, les coureurs ont pu travailler dans les installations de l'AIS (Institut du sport australien) avec une approche qui prend en compte les apports des autres sports. En France, ce serait intéressant que les équipes aient accès à un centre comme l'INSEP, de discuter avec les autres entraîneurs, de décloisonner le cyclisme.»Recueilli par Anthony THOMAS-COMMIN
Le pari Teklehaimanot - Parmi les recrues de GreenEdge, Daniel Teklehaimanot est celle qui suscite le plus de curiosité : pas seulement parce que le néo-pro de 23 ans est érythréen mais parce que ses qualités pourraient rapidement le voir s'illustrer au plus haut niveau. «Aux tests de décembre, il était déjà très affûté. L'enjeu de son passage chez les pros sera de voir s'il a les qualités mentales à la hauteur de son physique de grimpeur très longiligne tout en jambes, observe Lionel Marie. On lui prépare un programme sans trop de jours de course pour se lancer : il est tranquille jusqu'en mars et alignera les courses d'une semaine (Catalogne, Pays-Basque, Turquie, Dauphiné, Pologne).»

Pour gagner dans les prairies de l'Essex en août, sur un parcours olympique atypique,...