«Si on joue comme ça à Toulouse, on en prendra 50». Ces paroles sont de Michael Cheika, manager du Stade Français après la victoire face à La Rochelle (41-26) vendredi dernier. Etonnant de la part d'un coach dont le club occupe la première place du classement et vient d'enchaîner deux succès (seul Bayonne a fait aussi bien en ce début de saison). Etonnant mais révélateur du nouvel état d'esprit qui règne au Stade Français. Les Parisiens sont leaders, la belle affaire. Pour Michael Cheika, cela ne veut rien dire et son équipe est encore en construction.
En deux rencontres, le Stade Français a déjà inscrit dix essais. Antoine Burban a beau minimiser la valeur de l'adversité (Bourgoin et le promu La Rochelle), ce qui est pris n'est plus à prendre. Surtout, les Parisiens montrent un visage aux antipodes de ce à quoi ils nous avaient habitués la saison passée. Voire celle d'avant. Fini les matches poussifs et les victoires à l'arraché. Le Stade Français redécouvre les vertus du jeu en mouvement et de l'enchaînement des temps de jeu. Et ça change tout. Nouveau terrain de jeu, nouvel entraîneur, les Parisiens se découvriraient-ils également de nouvelles ambitions ? Il font, en tout cas, connaissance avec l'exigence d'un coach champion d'Europe. Paris laisse filer le bonus offensif face à La Rochelle ? « Nous ne le méritions pas. Et cette saison nous ne prendrons que les points que nous méritons » lance Cheika à la fin du match. Le Stade Français se sort d'un match-piège où les Maritimes se sont montrés de valeureux adversaires ? Le coach ne retient que la mauvaise première période où son équipe « n'a pas respecté le ballon et a manqué d'agressivité. » Son équipe enchaîne les victoires ? Lui, décrit le vestiaire parisien comme celui d'une équipe qui a perdu. Plus que la révolution dans le jeu, les Parisiens ont (re)découvert l'exigence du haut niveau, rien de plus.
En cela, Cheika est aidé par le retour de joueurs essentiels dans son système de jeu. Toujours plus proche de son meilleur niveau dans le jeu en mouvement, Julien Dupuy est déjà redevenu un métronome face aux perches. En Sergio Parisse, le pack et l'équipe ont retrouvé un leader naturel et souvent décisif. D'autres joueurs, enfin, semble confirmer leur potentiel. C'est le cas d'un Lionel Beauxis que l'on a rarement vu aussi impliqué dans le jeu parisien. Plus proche de sa ligne, défiant son vis-à -vis, cet ancien timide commence à aboyer sur ses partenaires quand il faut les remettre dans le sens de la marche. Impensable il y a encore quelques mois. S'il continue sur cette voie, Beauxis pourrait bien devenir l'ouvreur que tout le monde le voyait être il y a trois ans. Idem pour un Ollie Phillips qu'on avait cru avoir perdu l'an dernier. L'ailier fait un début de saison canon et pourrait donner du mal à de nombreuses défenses.
Bien sûr, seules deux journées ont été cochées sur le calendrier et il est encore bien trop tôt pour tirer des conclusions, ce que s'interdit d'ailleurs Michael Cheika. Mais l'Australien pourrait bien avoir redonné au Stade Français un éclat que l'on ne voyait guère que sur ses maillots ces derniers temps. - Bertrand LAGACHERIE

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