Ce vendredi à l'heure des qualifications sur le grand tremplin de saut à skis de Whistler, pendant que les Ammann, Schlierenzauer, Morgenstern, Malysz et autres sauteurs tenteront de prolonger encore et encore l'ivresse de leur vol en retardant le moment de toucher neige, plusieurs demoiselles auront sans aucun doute une grosse dose d'amertume devant leur télé. Malgré le combat mené depuis plusieurs années par un collectif constitué des meilleures sauteuses mondiales, plusieurs recours portés devant les tribunaux, et un gros soutien populaire (le groupe Facebook « Let Women Ski jump, Elite Athletes deserve to be in 2010 olympics ! » - Laissez les femmes sauter, les athlètes de l'élite méritent d'être aux Jeux Olympiques 2010- rassemble plusieurs milliers de sympathisants), le Comité International Olympique a refusé d'intégrer le saut à skis féminin au programme olympique. La raison invoquée : un niveau trop bas et une universalité insuffisante. Mouais. Franchement, on n'est pas très convaincu. Quand on regarde certaines disciplines présentes à Vancouver ou dans les Jeux d'été, ces arguments ont du mal à tenir. Intégré pour la première fois au programme olympique, le skicross par exemple compte moins de pratiquantes que le saut à skis féminin. Son impact économique est en revanche évidemment plus intéressant pour le CIO bien content d'aller chercher des diffuseurs attirés par un public plus jeune. Contrairement aux Jeux d'été où toutes les disciplines auront désormais une représentation féminine (la boxe féminine fera ses débuts à Londres en 2012), les Jeux d'hiver restent donc en retrait (la situation est différente pour le combiné nordique qui ne compte pas de pratiquantes, présence du saut à skis oblige).
Dans un milieu sportif majoritairement masculin où l'on parle pratiquement autant (voire même plus) du joli minois de Lindsay Vonn et de ses photos publiées dans Sports Illustrated que de ses performances sportives, la position des femmes reste souvent difficiles. Le saut à skis en est un bel exemple. Et depuis bien longtemps.
Attention, séquence « histoire du sport ». Contrairement à ce que l'on pourrait penser, des femmes se sont risquées en haut d'un tremplin depuis bien longtemps. Selon les historiens, le premier saut d'une dame remonte à 1863. On attribue même à une comtesse autrichienne Paula Lamberg, le premier « record », avec un vol de 22m sur le tremplin de Kitzbühel. Le tout en robe. Entre les deux guerres, la Norvégienne Johanne Kolstad dû s'exiler aux Etats-Unis pour assouvir sa passion. La fédération de son pays considérait en effet que la présence d'une femme sur le tremplin d'Holmenkollen portait atteinte au prestige de l'endroit. De pseudos études scientifiques affirmaient également que la pratique du saut à skis pour les femmes de plus de douze ans engendrait un risque d'infertilité. C'est finalement une Finlandaise, Tjina Lehtoli qui, en 1981, fut la première à dépasser les 100m.
Jusqu'au début des années 90, aucune compétition spécifiquement féminine ne fut organisée. Les femmes furent tout juste autorisées à participer aux compétitions masculines hors classement ou comme ouvreuses. Le temps fit heureusement son oeuvre. L'Autrichienne Eva Gangster crédibilisa la discipline se posant notamment à 167m sur le tremplin de vol à skis de Kulm, en Allemagne. Depuis, l'Autrichienne Daniela Iraschko a déjà dépassé les 200m sur le tremplin slovène de vol à skis de Planica. Intégrées pour la première fois à un championnat du monde de ski nordique l'hiver dernier à Liberec, en République tchèque, les filles seront présentes en 2012 aux Jeux olympiques de la jeunesse, à Innsbruck. Une étape de plus sur un chemin où elles réclament aussi la création d'une vraie Coupe du monde sur de grands tremplins à la place de la Coupe Continentale et de ses petits tremplins. Un chemin qui les mènera espèrent-elles aux Jeux de Sotchi, dans quatre ans. Une perspective pleine d'espoirs pour les sauteuses françaises qui brillent sur le circuit continental. Caroline Espiau n'aura que 21 ans et Coline Mattel seulement 19 (notre photo). Cinquième des Championnats du monde de Liberec l'an dernier à seulement 14 ans, médaillée d'argent des Mondiaux juniors fin janvier à Hinterzarten (Allemagne), Mattel défend vigoureusement son sport. « Voir des filles sauter n'a rien d'étonnant, estime-t-elle. On peut faire la même chose que les mecs. » Une évidence. Sauf hélas pour les membres du CIO.
Pascal GREGOIRE-BOUTREAU
Retrouvez chaque jour une chronique liée à l'actualité olympique.
Mercredi, dans la chronique intitulée « Un truc de ouf », il était fait référence à l'ASPTT Annemasse, le club de Déborah Anthonioz, notre médaillée d'argent du snowboardcross. Certains ont interprété négativement la notion de « rétro » associée à l'appellation ASPTT. Qu'ils soient rassurés, il n'y avait aucune malice derrière cette référence à une vénérable institution créée en 1897. Bien au contraire. L'ASPTT fait partie du patrimoine sportif français. Histoire de chasser l'éventuel malentendu, autant en profiter pour préciser que malgré la disparition des PTT, remplacés en 1991 par La Poste et France Télécom, les 190 clubs omnisports ASPTT sont toujours très actifs avec plus de 160 000 licenciés dont 35000 de moins de 25 ans. Et pas seulement dans les disciplines traditionnelles telles que le foot, le cyclisme ou l'athlétisme. A Pékin par exemple, l'ASPTT comptait 8 représentants et a offert deux médailles à la France : le bronze de Mehdi Baala (ASPTT Lille en athlétisme) et l'argent pour Julien Bontemps (ASPTT Nantes) en planche à voile. Respect ! - P.G.-B.

Prudent au moment d'aborder l'étape de Wengen, Alexis Pinturault en repart avec un peu...