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«Guy Forget, quelle est votre plus grande satisfaction du week-end ?
Il y en a plusieurs. Tout d'abord, j'ai trouvé très sympa de voir ces six garçons ensemble sur le terrain en fin de journée. Ce sont eux qui risquent d'écrire les pages du tennis français. Je pense aussi au match de Gaël qui est rentré dans cette épreuve avec un énorme niveau de jeu. Cela va lui servir de match référence. Dans une épreuve comme la Coupe Davis, on a souvent beaucoup d'incertitudes. Quand cela commence par une défaite, on se pose des tas de questions. Pour Gaël (Monfils), ce match était compliqué. Il n'était pas dans une très grande confiance depuis le début de l'année, il était un peu attendu au tournant face à un joueur contre qui il a toujours connu des matches extrêmement durs. Il a réussi le match parfait le jour J. Je crois que ce match le lance dans la compétition, cela va lui amener une certaine confiance. Puis il y a aussi le double avec Bennet' (Benneteau). Julien a pratiqué un tennis extrêmement solide pendant deux sets et il a été bien épaulé par Mika malgré une petite frayeur au troisième set. Tout le monde a beaucoup appris tout au long de ce week-end toulonnais.
Qu'est-ce qui a créé cet esprit de groupe ? Avez-vous changé votre discours ou est-ce les joueurs qui se sont pris en charge ?
Il y a un peu de tout ça. Je me rends compte que je dois parfois faire preuve de diplomatie. J'ai une ligne de conduite qui me paraît nécessaire et claire, mais je me rends compte qu'ils n'avancent pas tous à la même vitesse. Ils ont chacun des personnalités et des systèmes de fonctionnement différents, on ne peut pas faire ça d'un claquement de doigt en disant : "c'est comme ça et pas autrement et si tu n'es pas content, tu ne viens pas". Pour preuve : le retrait de Gaël (Monfils) d'Acapulco. C'était sa décision, mais on était un certain nombre à essayer de le faire revenir sur sa décision. Il se trouve qu'il était un peu blessé et que cela a servi les intérêts de la Coupe Davis. C'est un exemple parmi tant d'autres. Faire jouer la même partition à tous ces garçons alors que certains veulent la jouer vite et d'autres en reggae, c'est toute la difficulté du rôle du sélectionneur. D'un autre côté, je pense que certains joueurs ont compris l'importance de se fondre dans le groupe. Ce qui s'est passé ici va les encourager à revenir la prochaine fois avec un appétit plus grand.
«Ce n'est pas parce qu'on a battu l'Allemagne et qu'on fait hip, hip, hourra qu'on va gagner la Coupe Davis.»
A quel niveau situez-vous votre équipe ?
Potentiellement, c'est l'équipe la plus riche et la plus fournie qu'on n'ait jamais connue. Maintenant, l'important c'est le match à délivrer le jour J. On l'a bien vu avec l'équipe de France de foot. On a beau avoir des joueurs qui brillent dans leur championnat respectif, il faut arriver à les faire jouer ensemble le jour J face à une équipe forte. Si cela cafouille un peu et on ne trouve pas la bonne alchimie, on peut passer à côté et cela n'enlève rien au talent des individus.
Que faut-il pour battre l'Espagne ou la Suisse ?
Si on perdait demain contre l'Espagne avec Nadal et Verdasco, on ne pourrait pas dire que c'est anormal. Bien sûr, j'ambitionne de battre cette équipe-là même s'il y a une montagne raide et verglacée à gravir. Nous avons un groupe qui peut prétendre gravir cette montagne. D'ici là , il faut qu'il n'y ait pas de blessures. On parle beaucoup de l'esprit d'équipe. Mais une rencontre de Coupe Davis ne se gagne pas juste avec une bonne ambiance à l'hôtel ou dans les vestiaires. Cela se gagne surtout avec des joueurs capables de pratiquer un tennis de très haut niveau le jour J. Si les garçons arrivent à atteindre des demies dans les gros tournois, ils seront beaucoup plus sereins face à des joueurs supérieurs aux Allemands. Je vais suivre de nombreux tournois pour faire en sorte que cet esprit soit cultivé et me rendre compte de leur évolution et de leurs progrès pour faire les choix les plus judicieux possibles. Entre Richard (Gasquet), Gilles (Simon), Gaël (Monfils), Jo (Tsonga), il va falloir choisir. C'est loin d'être gagné. Ce n'est pas parce qu'on a battu l'Allemagne et qu'on fait hip, hip, hourra qu'on va gagner la Coupe Davis. On va revenir sur terre, on va en parler avec les joueurs ce soir (samedi) pour voir les choses à ne pas négliger, les échéances, les compositions de doubles... Certains ne jouent pas beaucoup le double, il va peut-être falloir qu'ils le disputent davantage. Il peut se passer des tas de choses.
Avez-vous déjà pensé à l'organisation du prochain tour ?
Les joueurs choisiront la surface et les balles. Puis nous aurons une discussion avec la Fédération pour connaître les villes susceptibles de nous accueillir. Si on joue contre l'Espagne, j'imagine que les garçons voudront jouer en salle. Ils choisiront sûrement une surface plus rapide qu'ici avec un rebond un peu plus bas. Dans l'absolu, l'indoor serait le mieux. Maintenant il faut trouver une grande salle capable d'accueillir une rencontre comme France-Espagne.»
Recueilli par Sophie DORGAN, Ã Toulon